Je me souviens de l’odeur du man’ouché au zaatar, du laban et du café le matin.
À quelques pas de là où je logeais, il y avait un petit marchand du quartier, tenu par un papa et ses deux fils, qui devaient avoir une dizaine et quatorze ans. Ils étaient d’origine syrienne. J’y allais presque tous les matins. C’était devenu mon petit rituel à Beyrouth.
Je logeais pourtant dans l’un des quartiers les plus chics de la ville. Ma routine du matin était presque à l’opposé de ce que l’on pourrait imaginer. Et c’est justement ce que j’aimais.
J’aimais commencer mes journées simplement, dans ce petit commerce du quartier, avec l’odeur du zaatar, les allées et venues, les quelques mots échangés. C’est souvent comme ça que j’aime découvrir un endroit : pas forcément en cherchant les plus beaux endroits, mais en regardant comment les journées commencent pour ceux qui y vivent.
À Hamra, j’avais aussi mon petit endroit où j’aimais me poser : le café Younès.
Je revenais particulièrement dans celui où il y avait une cour avec un jardin, dans ce qui ressemblait à une ancienne maison. Je ne saurais même pas vraiment expliquer pourquoi j’aimais autant cet endroit. Il y avait quelque chose de vivant. Une âme. Une impression d’être la bienvenue, tout simplement.
Et puis il y avait le Liban que je connaissais déjà un peu, sans vraiment le connaître.
J’ai grandi avec la musique libanaise. J’aime énormément la cuisine libanaise — évidemment que je suis obligée de parler de nourriture — mais j’avais envie d’aller plus loin. De comprendre un peu mieux cette culture que j’avais connue à travers les chansons, les plats, les histoires racontées autour de moi.
Alors il fallait que j’y aille.
Et surtout, il fallait que je prenne le temps.
Je crois que ma meilleure école a été de m’asseoir dans un café un peu cha3bi, de regarder autour de moi, d’écouter les conversations, de discuter avec les gens et de laisser les journées faire leur travail.
Pendant deux mois, j’ai traversé le pays du nord au sud, puis du sud au nord, en passant par Beyrouth, le Chouf et d’autres régions du centre.
J’ai découvert Tripoli, ses rues et son énergie. J’ai passé des journées à Batroun, à nager dans une petite crique et à profiter de la mer. Je suis partie marcher dans les montagnes, j’ai pris des routes qui m’ont menée vers d’autres paysages, d’autres villages. Et puis il y a eu Baalbek, et ce moment particulier devant les vestiges de l’ancien temple.
Deux mois pour parcourir le pays, mais surtout deux mois pour le vivre un peu.
J’ai rencontré des personnes formidables. Des amis. Des gens qui, parfois le temps d’une conversation, m’ont partagé un petit bout de leur histoire, de leur famille ou de leur culture.
C’est probablement ce que je retiens le plus de ce voyage.
Je n’ai pas seulement visité le Liban. Pendant deux mois, j’ai eu l’impression d’y entrer un peu.
J’y ai vécu plusieurs saisons, changé de rythme, pris des habitudes, découvert des endroits auxquels je ne m’attendais pas et accumulé des souvenirs qui me reviennent encore par petites touches : une odeur de zaatar le matin, un café dans une cour, une baignade à Batroun, une longue marche dans les montagnes, une conversation avec quelqu’un que je ne connaissais pas quelques heures auparavant.
Et qu’est-ce que j’aime le Liban.
Je vous écris ces quelques lignes longtemps après ce voyage et je suis encore émue en y repensant.
Il y a des voyages que l’on fait, et puis il y a ceux qui restent quelque part avec nous.
Le Liban fait partie de ceux-là.
