L’Algérie, c’était un pays que je rêvais de découvrir depuis longtemps. Et puis, un jour, l’occasion s’est présentée. J’ai été invitée par la famille d’un ami de mon frère, des personnes qui sont un peu comme ma propre famille. Une chance incroyable, parce que je n’allais pas découvrir l’Algérie comme une simple touriste, avec un programme à suivre et des lieux à cocher sur une liste. J’allais la découvrir à travers ceux qui y vivent, leurs habitudes, leur histoire et leur quotidien.
Avant ce voyage, je connaissais finalement assez peu de choses sur le pays. Il y avait Yasmina Khadra, la guerre d’Algérie et, je l’avoue, les pizzas carrées. C’était à peu près tout. Je suis revenue avec bien plus que quelques souvenirs de voyage.
Première rencontre avec le désert
Nous avons atterri à Oran avant de prendre un vol intérieur pour découvrir le désert, du côté de Taghit, près de la frontière marocaine.
Je crois que je n’oublierai jamais cette première rencontre avec le désert. Il y a quelque chose de difficile à expliquer dans ces paysages immenses, dans le silence, dans les couleurs du sable et cette impression que le temps ralentit. On se sent toute petite, mais dans le bon sens du terme.
J’ai aussi découvert des traditions liées aux peuples nomades du Sahara, notamment celles des Touaregs. Certaines choses me rappelaient le sud de la Tunisie, d’autres le désert marocain ou encore des paysages et des cultures du Moyen-Orient.
Je me suis fait cette réflexion que j’aime beaucoup en voyage : les frontières que nous connaissons aujourd’hui ne racontent pas toute l’histoire. Bien avant que les pays soient délimités comme ils le sont maintenant, les peuples circulaient, se rencontraient, échangeaient et partageaient des traditions. Il existe des liens entre ces régions que l’on ne soupçonne pas toujours lorsqu’on les regarde depuis une carte.
Sous une tente, nous avons mangé des tajines et du pain farci préparé par une femme. Je me souviens de ce moment comme d’une très belle introduction à l’Algérie. Pas besoin de grand-chose : un repas, quelques personnes, le désert autour de nous. J’étais exactement là où je voulais être.
Tlemcen, les retrouvailles et mon premier couscous algérien
Après cette parenthèse dans le désert, nous sommes retournés à Oran avant de prendre la route vers Tlemcen, la ville de notre ami.
J’ai beaucoup aimé Tlemcen. Mais au-delà de la ville elle-même, ce sont surtout les moments passés avec la famille et les amis qui ont rendu cette étape si particulière. Nous avons été accueillis chez eux, à la maison, comme on accueille des proches. C’est une façon de voyager que j’aime profondément : découvrir un pays à travers les personnes qui nous ouvrent leur porte.
C’est là que j’ai mangé mon premier couscous algérien. Et je l’ai adoré.
Il y a quelque chose de précieux dans le fait de goûter à un plat chez les gens qui le préparent depuis toujours, dans un cadre familial, sans mise en scène. On ne découvre pas seulement une cuisine, on découvre aussi une manière de recevoir, de partager et de faire une place aux autres.
Je garde de Tlemcen le souvenir de ces moments simples, des discussions, des repas et de cette impression de ne pas être tout à fait une étrangère.
À la frontière marocaine
Pendant notre séjour près de Tlemcen, nous sommes également allés du côté de la frontière marocaine.
J’ai trouvé cette visite assez bouleversante. Deux peuples qui partagent une histoire, des traditions, une culture et tant de liens se retrouvent séparés par une frontière fermée. La frontière terrestre entre l’Algérie et le Maroc est fermée depuis 1994.
Tata nous racontait qu’autrefois, elle pouvait aller au Maroc pour la journée. C’était quelque chose de simple, presque banal. En l’écoutant, je me suis rendu compte à quel point une frontière peut changer la vie des gens, même lorsqu’elle sépare des territoires dont les habitants ont longtemps circulé entre eux.
Je ne prétends pas comprendre toutes les raisons politiques et historiques de cette situation. Mais être là, entendre ce récit et regarder cette frontière m’a fait réfléchir. Derrière les décisions politiques, il y a des familles, des souvenirs, des habitudes et des liens qui ne disparaissent pas simplement parce qu’une frontière se ferme.
C’est aussi pour ces moments-là que j’aime voyager. Pas seulement pour découvrir de beaux paysages, mais pour écouter des histoires et essayer de comprendre ce qui se cache derrière les choses que l’on croit connaître.
Comprendre l’histoire autrement
Un soir, nous avons regardé Ce que le jour doit à la nuit, le film adapté du roman de Yasmina Khadra. J’ai beaucoup pleuré devant cette histoire.
Le lendemain, nous sommes allés découvrir un lieu chargé d’histoire, non loin de Tipaza. En parcourant les lieux et en observant les maisons, j’essayais d’imaginer ce qui s’était passé ici, entre les Français et les Algériens.
Ce voyage m’a permis de mieux comprendre une partie de l’histoire algérienne que j’avais finalement peu étudiée à l’école. Il y a une différence entre lire des faits historiques dans un livre et se retrouver sur place, à marcher dans des lieux qui portent encore les traces du passé.
Je crois que c’est ce qui m’a le plus marquée pendant ce séjour : découvrir l’Algérie au-delà de ce que j’en savais, prendre le temps d’écouter et réaliser tout ce qu’il me restait à apprendre sur ce pays et son histoire.
Alger la Blanche
Puis il y a eu Alger.
Alger la Blanche, comme on la surnomme. Une ville que j’ai trouvée magnifique, avec son histoire, son architecture, ses rues et cette vie qui se déroule partout autour de soi.
Je me suis baladée dans la vieille ville en portant un hayek. J’ai aimé cette sensation de remonter le temps, de découvrir Alger à pied, de regarder les façades, les portes et les scènes de vie qui se déroulaient autour de moi. J’avais envie de prendre mon temps, de m’arrêter, d’observer et de me laisser porter par la ville.
Il y a quelque chose de particulier à découvrir un endroit sans chercher à tout voir. Marcher dans les ruelles, regarder les détails auxquels on ne prête pas forcément attention au premier abord, sentir l’atmosphère d’un quartier. Ce sont souvent ces petits moments qui restent le plus longtemps en mémoire.
Alger m’a aussi marquée par sa culture et sa cuisine. Au fil du voyage, j’ai compris que la gastronomie était une autre façon de découvrir le pays, son histoire et ses différentes influences. Chaque repas était une nouvelle occasion d’en apprendre un peu plus.
Je suis repartie avec l’impression d’avoir découvert une ville qui méritait que je lui consacre encore beaucoup de temps.
Oran, le raï et la meilleure karantika
Et puis, il y a Oran.
Impossible de parler de cette ville sans évoquer le raï, qui fait partie de son identité musicale. Oran a une énergie particulière, une histoire culturelle forte et une place à part dans la musique algérienne.

Mais si je devais retenir une autre chose de mon passage à Oran, ce serait la karantika.
J’en ai mangé une excellente, accompagnée d’un Selecto. Et franchement, je m’en souviens encore ! Il y a des plats qui deviennent des souvenirs à part entière, non pas parce qu’ils sont sophistiqués, mais parce qu’on les associe à un lieu, à un moment et à une ambiance.
C’est aussi ça, pour moi, la découverte d’un pays : goûter ce que les gens mangent au quotidien, découvrir les spécialités locales et comprendre qu’un simple repas peut parfois résumer toute une journée de voyage.
Je n’ai pas seulement visité l’Algérie, je l’ai vécue
Ce voyage m’a apporté bien plus que des paysages et des photos. J’ai découvert le désert, partagé des repas en famille, écouté des histoires, appris des choses sur l’histoire du pays et rencontré une culture dont je ne connaissais finalement qu’une toute petite partie.
Je suis arrivée en Algérie avec beaucoup de curiosité et quelques idées en tête. J’en suis repartie avec de nouvelles questions, des souvenirs précieux et l’envie d’en apprendre davantage.
C’est ce que j’aime dans le voyage : on croit partir pour découvrir un pays, et on se rend compte en chemin que l’on a aussi beaucoup à apprendre sur son histoire, sur les autres et sur notre manière de regarder le monde.
L’Algérie m’a surprise, touchée et appris beaucoup de choses. Et si je devais résumer ce séjour en une phrase, ce serait celle-ci : je n’ai pas seulement visité l’Algérie, je l’ai vécue.
Ce pays a encore tant de choses à me faire découvrir.
J’ai déjà hâte d’y retourner.
