À Paris, le café fait tellement partie de notre quotidien qu’on n’y pense même plus.On en boit le matin avant de partir travailler, après le déjeuner, en terrasse quand il fait beau, pendant qu’on attend quelqu’un ou simplement parce qu’on a envie de s’asseoir quelque part.Un café, à Paris, c’est presque un décor.Mais ailleurs, il peut raconter beaucoup plus.Il y a quelque temps, je suis allée chez Lâm, dans le 3e arrondissement de Paris, à deux de la place de république; J’avais envie de découvrir cet endroit dont on m’avait parlé, mais surtout de goûter au café saoudien.Et puis je me suis mise à réfléchir à cette petite tasse.Parce qu’en Arabie saoudite, le café n’est pas juste quelque chose que l’on boit.Il fait partie de la façon dont on reçoit les gens.
Le café comme manière d'accueillir
Dans les pays du moyen-orient, offrir un café à quelqu’un fait partie des habitudes d’hospitalité.On prépare le café, on le sert aux invités, on en propose encore. Il accompagne les visites, les discussions, les repas et les moments passés en famille.
L’UNESCO a d’ailleurs inscrit le café arabe au patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2015. Il est notamment présenté comme une pratique liée à la générosité et à l’hospitalité. Cette tradition concerne notamment l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Oman et le Qatar.
Et il existe même une manière particulière de le servir.Le café est traditionnellement servi de la main droite et les invités sont servis en premier. Quand on n’en veut plus, on agite légèrement la petite tasse.
J’aime beaucoup ce genre de petits gestes.Chez nous, quelqu’un peut demander :« Tu veux un café ? »Et puis chacun continue sa journée.Là-bas, le café peut vraiment faire partie de l’accueil.On prend le temps de le préparer, de le servir, de s’asseoir et de discuter.
Le café vient aussi de la terre
Avant d’arriver dans une petite tasse, le café vient évidemment de quelque part.En Arabie saoudite, la région de Jazan, dans le sud-ouest du pays, est notamment connue pour le café Khawlani.Les tribus Khawlani cultivent ces caféiers depuis plusieurs siècles. Les savoir-faire liés à leur culture et à leur transformation sont transmis de génération en génération.Cette tradition a été inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2022.
Je trouve ça assez fascinant de penser qu’un café que l’on commande aujourd’hui à Paris peut être lié à une histoire agricole et familiale aussi ancienne.On parle souvent du café comme d’une boisson.Mais derrière le grain, il y a une terre, un climat, des personnes, des gestes et des années de transmission.
Alors forcément, j’ai pensé à Lâm
Son histoire m’a également intriguée.Abdualltef AlRashoudi est né à Riyad. Il était chirurgien avant de décider de changer complètement de voie pour se consacrer à la pâtisserie. Il est venu en France pour se former, notamment au Cordon Bleu.
Lâm a ensuite ouvert ses portes à Paris.Je dois dire que j’aime beaucoup les histoires de reconversion.
Il y a toujours ce moment où quelqu’un décide finalement de faire quelque chose qu’il avait peut-être gardé dans un coin de sa tête depuis longtemps.Et dans le cas de Lâm, cette nouvelle vie s’est construite entre l’Arabie saoudite et la France.
Quand l’Arabie saoudite rencontre Paris
Chez Lâm, on retrouve les techniques de la pâtisserie française, mais les goûts viennent aussi d’ailleurs.La datte, la cardamome, la pistache, la fleur d’oranger, le safran, le zaatar et le citron noir.Des ingrédients que l’on ne s’attend pas forcément à retrouver dans une pâtisserie parisienne classique.Et c’est justement ce mélange que j’ai trouvé intéressant.
Il ne s’agit pas simplement de faire une pâtisserie française avec quelques ingrédients « exotiques » ajoutés par-dessus.C’est plutôt une autre façon de travailler la pâtisserie, avec plusieurs influences qui se rencontrent.Une manière de faire française.Des goûts qui viennent de l’histoire personnelle du fondateur.Et tout ça dans une petite rue parisienne.
Le café saoudien n’est pas l’espresso parisien
Et puis il y a le café.Si vous commandez un café saoudien en vous attendant à retrouver votre espresso habituel, vous risquez d’être surpris.Le café arabe est préparé différemment et la cardamome occupe une place importante dans beaucoup de préparations.
Chez Lâm, le café saoudien est notamment parfumé à la cardamome et au safran.Le goût est évidemment très différent de l’espresso que l’on commande habituellement dans un café parisien.Et tant mieux.Je n’avais pas envie de retrouver Paris dans cette tasse.J’avais plutôt envie de goûter quelque chose qui venait d’ailleurs.
Une pâtisserie peut raconter une histoire
C’est finalement ce que je trouve intéressant avec Lâm.On pourrait simplement dire qu’il s’agit d’une boulangerie-café inspirée de l’Arabie saoudite.Mais derrière, il y a aussi une histoire de transmission.Quand on quitte son pays, qu’est-ce qu’on emmène avec soi ?Une langue, des habitudes, des recettes, des odeurs, des goûts, des souvenirs.Et parfois, tout ça finit dans une cuisine.Je trouve que la nourriture est l’une des choses qui voyagent le mieux.
On peut vivre à des milliers de kilomètres de chez soi et continuer à préparer les mêmes plats, acheter les mêmes épices ou refaire une recette apprise dans son enfance.Puis un jour, cette recette arrive dans une autre ville.Dans un autre pays.Et elle devient à son tour une petite partie du paysage local.
Ce que j’aime dans cette idée
Ce que j’aime surtout, c’est de ne pas regarder ce genre d’endroit uniquement comme une adresse « dépaysante ».Je trouve cette façon de parler de la cuisine un peu réductrice.Parce que finalement, ce n’est pas seulement une cuisine étrangère qui arrive à Paris.C’est une histoire personnelle qui arrive avec elle.Une personne qui a quitté Riyad.Qui a changé de métier.Qui s’est formée en France.Et qui a créé un endroit où ses deux univers peuvent se rencontrer.D’un côté, les techniques apprises en France.De l’autre, les goûts, les souvenirs et les habitudes venus d’Arabie saoudite.Et au milieu : Paris.
Et puis il y a le nom : Lâm
J’ai aussi aimé l’histoire derrière le nom.Lâm est le nom d’une lettre de l’alphabet arabe.En français, le mot fait évidemment penser à « l’âme ».Une lettre arabe qui évoque un mot français.Finalement, ça correspond assez bien au lieu.Deux langues.Deux cultures.Deux univers qui se retrouvent sous le même nom.
Prendre le temps autour d’un café
Je crois que c’est aussi pour ça que j’aime autant les cafés.On n’y va pas forcément uniquement pour boire quelque chose.On peut y lire.Écrire.Travailler.Attendre quelqu’un.Regarder les gens passer.Ou simplement rester assis sans avoir vraiment de raison.Et parfois, on tombe sur un endroit qui nous fait voyager un peu.Chez Lâm, on peut évidemment venir pour une pâtisserie et un café.Mais on peut aussi repartir avec quelques questions en tête.D’où vient ce café ?Pourquoi la cardamome ?Pourquoi cette façon de le servir ?Comment une tradition saoudienne s’installe-t-elle dans une rue de Paris ?C’est peut-être ce que j’aime le plus dans la nourriture.Elle permet de découvrir une culture sans forcément avoir l’impression de faire un cours d’histoire.On commence par goûter.Et ensuite, on a envie de comprendre.
Une petite pause saoudienne à Paris
Je suis allée chez Lâm pour découvrir un café.Mais finalement, ce qui m’a le plus intéressée, c’est tout ce qu’il y avait derrière cette tasse.L’histoire d’un pays.Une tradition d’hospitalité.Une reconversion.Des recettes.Des parfums.Et cette rencontre assez inattendue entre l’Arabie saoudite et Paris.Je trouve ça assez joli qu’une tradition puisse voyager de cette façon.Elle change de décor, mais pas forcément d’âme.Et finalement, la prochaine fois que vous commanderez un café, prenez peut-être deux secondes avant de boire la première gorgée.On ne sait jamais.Il y a peut-être toute une histoire derrière.
Quelques choses à savoir surÂl’Arabie Saoudite
Quelques recommandations pour continuer la découverte.Â
À lire
Wadjda — Haifaa al-Mansour, le roman adapté du film.
Cities of Salt — Abdelrahman Munif, une grande fresque sur les transformations de la péninsule avec l’arrivée du pétrole.
The Dove’s Necklace — Raja Alem, un roman qui nous emmène à La Mecque.
Et pourquoi pas découvrir aussi la poésie saoudienne, très présente dans la culture du pays.
À voir
Wadjda — Haifaa al-Mansour, l’histoire d’une jeune fille de Riyad qui rêve de s’acheter un vélo.
The Perfect Candidate — Haifaa al-Mansour, autour d’une jeune médecin qui décide de se présenter aux élections municipales.
Raven Song — Mohamed Al Salman, un film plus récent qui mêle histoire d’amour, famille et vie quotidienne à Riyad.
À écouter
Mohammed Abdu, souvent surnommé « l’artiste des Arabes » est un incontournable.Â
Et allez écouter un peu demusique traditionnelle saoudienne, notamment l’Alardah, avec ses tambours, ses chants et sa poésie.
À goûter
Lecafé saoudien à la cardamome, évidemment.
Lesdattes, notamment avec du café.
Lekabsa, l’un des plats les plus connus du pays, généralement préparé avec du riz et de la viande.
Lejareesh, à base de blé concassé.
Lemutabbaq, une pâte garnie que l’on retrouve dans plusieurs pays de la péninsule.
Et si vous en trouvez : leKhubz, les pains traditionnels, à manger avec des plats, du fromage ou simplement encore chauds.
Une bonne façon de commencer, finalement : un livre, un film, quelques chansons et quelque chose à manger.
Où goûter l’Arabie saoudite à Paris ?
Et si toutes ces découvertes vous ont donné faim, pas besoin de prendre l’avion tout de suite.À Paris, quelques adresses permettent déjà de goûter à la cuisine saoudienne.
Pour commencer doucement,Lâm, au 24 rue Notre-Dame-de-Nazareth, propose une cuisine inspirée de l’Arabie saoudite dans un café-boulangerie qui mélange techniques françaises et saveurs saoudiennes. C’est là que j’ai commencé cette petite découverte, autour d’un café à la cardamome et au safran.
Et juste dans la même rue, au numéro 38, leRestaurant Franco-Saoudien permet de découvrir une cuisine plus tournée vers le repas.Une bonne façon de commencer à goûter l’Arabie saoudite sans quitter Paris.
