L’Arabie saoudite comme je l’ai vécue

J’ai grandi avec une certaine image de l’Arabie saoudite. Pour moi, c’était avant tout le pays du pèlerinage. Celui où l’on se rendait pour accomplir la omra ou le hajj, puis d’où l’on repartait. Comme si le pays se résumait à cela. Je ne m’étais jamais vraiment posé la question de ce qu’il y avait au-delà, de la vie des gens, de leur culture, de leurs habitudes, de leurs villes.

Je n’aurais d’ailleurs jamais imaginé y aller un jour pour visiter le pays.

Et puis, en février 2024, je suis partie accomplir ma omra. Mais cette fois, j’avais envie de découvrir autre chose. De prendre le temps de regarder autour de moi, de rencontrer les gens, de comprendre un peu mieux ce pays dont j’avais tant entendu parler, sans jamais vraiment le connaître.

Je ne savais pas encore à quel point ce voyage allait me marquer.

Riyad, première rencontre avec le pays

Riyad a été ma première étape. Et je dois dire que je ne m’attendais pas tout à fait à ce que j’allais découvrir.

Il y avait quelque chose d’étonnant dans cette ville. Par moments, j’avais l’impression d’être plongée dans un Moyen-Orient d’une autre époque, avec ses petites ruelles, ses marchés et ses quartiers chargés d’histoire. Puis, quelques minutes plus tard, je retrouvais la modernité d’une grande capitale, avec ses cafés contemporains, ses bâtiments impressionnants et son rythme de vie bien actuel.

C’est ce contraste qui m’a plu.

J’ai aimé découvrir les cafés, m’arrêter pour observer la vie autour de moi, me perdre dans les allées d’un souk où l’on trouve des objets anciens. J’aime ces endroits où l’on peut passer du temps à regarder des objets qui ont déjà vécu, à imaginer les histoires qu’ils pourraient raconter.

J’ai aussi découvert Diriyah, avec son architecture traditionnelle en terre et ses murs couleur sable. Un lieu qui permet de mieux comprendre l’histoire du pays et qui contraste avec l’image d’une Arabie saoudite uniquement tournée vers les grandes villes modernes.

Mais ce qui m’a le plus surprise, ce sont les gens.

Je me souviens d’un peuple accueillant, curieux, serviable. Des personnes qui prenaient le temps de vous aider, de répondre à vos questions, parfois simplement d’échanger quelques mots. Je ne veux pas idéaliser un pays à partir de quelques rencontres, mais je garde de ces premiers jours le souvenir d’une vraie générosité.

Je crois que c’est aussi cela, voyager : arriver quelque part avec les images que l’on s’est construites pendant des années et repartir avec des souvenirs qui leur ressemblent parfois très peu.

Médine, une ville où l’on apprend à ralentir

Après Riyad, je suis partie à Médine, la ville du Prophète Muhammad.

Il y a des endroits dont on entend parler toute sa vie et que l’on finit presque par connaître avant même d’y avoir mis les pieds. Médine faisait partie de ces lieux pour moi. Pourtant, rien ne remplace le fait d’y être, de marcher dans ses rues et de ressentir soi-même l’atmosphère qui s’en dégage.

Ce que je retiens de Médine, c’est la sérénité.

Il y avait une douceur particulière dans mon expérience de cette ville. Une forme de calme que j’avais envie de prolonger, comme si le temps pouvait ralentir un peu. Je comprends pourquoi Médine occupe une place si particulière dans le cœur des musulmans et pourquoi elle est si étroitement liée à la vie du Prophète.

Je ne saurais pas vraiment expliquer ce que j’ai ressenti là-bas. Ce n’était pas forcément quelque chose de spectaculaire. C’était plutôt une paix intérieure, un sentiment de bien-être que je retrouvais au fil des journées.

Après Riyad et son énergie, Médine m’a offert une autre manière de vivre le voyage. Plus silencieuse, plus intérieure.

Et puis il a fallu reprendre le train.

La Mecque, ou ce moment où tout devient réel

Nous avons pris le train à grande vitesse pour rejoindre La Mecque.

La Mecque. Ce nom que j’avais entendu depuis l’enfance, cette ville que je voyais à la télévision, notamment pendant les périodes de pèlerinage. Et au milieu de tout cela, la Kaaba, ce cube noir vers lequel les musulmans du monde entier se tournent pour prier.

Je connaissais les images. Je connaissais les gestes. Je savais ce que j’étais venue accomplir.

Mais il y a une différence immense entre savoir quelque chose et le vivre.

Je ne sais pas si tu es croyant, croyante ou simplement spirituel, mais je vais essayer de raconter ce moment avec mes mots.

À mesure que je me rapprochais de la Kaaba, je sentais que quelque chose se passait en moi. Je commençais mes invocations, je pensais à ce que j’avais envie de confier à Dieu, à ce que je traversais, à ce que j’espérais. Et puis, petit à petit, je me suis retrouvée face à elle.

Ce cube noir que j’avais vu tant de fois à la télévision était là, devant moi.

Je me souviens surtout de la foule. Des musulmans venus des quatre coins du monde, de toutes les origines, de toutes les langues, de tous les milieux. Des hommes vêtus de l’ihram, ce tissu blanc porté pendant les rites du pèlerinage, et des femmes venues elles aussi accomplir les mêmes rites. Nous étions tous là pour la même raison.

Il y avait quelque chose de profondément bouleversant dans cette image.

On pouvait être médecin ou ouvrier, riche ou pauvre, connu ou parfaitement anonyme. À cet instant, tout ce qui nous distingue habituellement semblait perdre de son importance. Nous étions réunis au même endroit, tournés vers le même Dieu, avec nos histoires, nos espoirs, nos peurs et nos prières.

Et moi, au milieu de cette foule, j’ai commencé à prier.

Je ne saurais pas décrire précisément ce qui s’est passé ensuite. J’avais l’impression que tout mon être était en prière, pas seulement mes lèvres ou mes mains. Il y avait une connexion avec Dieu que je n’avais pas ressentie de cette manière auparavant.

Je me suis sentie renaître.

Ou peut-être que je me suis simplement retrouvée.

À cette période de ma vie, je traversais des choses difficiles. Je ne vais pas entrer dans les détails ici, parce que j’aimerais prendre le temps de raconter cette histoire dans un autre article. Mais je sais à quel point cette période m’avait éprouvée et combien il m’était parfois difficile de garder la tête hors de l’eau.

La foi m’a aidée à tenir.

Dans ces moments où je ne savais plus très bien vers qui me tourner, où certaines choses m’échappaient complètement, elle m’a offert un point d’ancrage. Une manière de continuer à avancer, même lorsque je ne comprenais pas ce qui m’arrivait.

À La Mecque, j’ai renoué avec l’islam d’une manière profondément personnelle. Sans avoir besoin de le justifier, de le montrer ou de l’expliquer à qui que ce soit. C’était entre Dieu et moi.

Je suis repartie avec ce sentiment d’avoir retrouvé quelque chose d’essentiel.

Je crois que certaines expériences sont difficiles à raconter parce qu’on a peur que les mots les réduisent. Celle-ci en fait partie. Je peux essayer de décrire ce que j’ai vu, les lieux que j’ai traversés, les gestes que j’ai accomplis. Mais ce que j’ai ressenti, au fond de moi, m’appartient encore.

Et c’est très bien ainsi.

Djeddah, mon coup de cœur

Après Riyad, Médine et La Mecque, il me restait encore une ville à découvrir : Djeddah.

Et c’est elle qui a été mon coup de cœur.

Située au bord de la mer Rouge, Djeddah m’a offert une autre facette de l’Arabie saoudite. Une ville tournée vers la mer, avec une atmosphère différente de celle des autres étapes de mon voyage.

J’avais l’impression de découvrir un autre rythme, une autre façon de vivre le pays. Et c’est aussi ce que j’aime dans les voyages : comprendre qu’un même territoire peut abriter des ambiances, des histoires et des modes de vie très différents.

[À compléter avec tes souvenirs de Djeddah : la corniche, la vieille ville d’Al-Balad, les cafés, les promenades au bord de l’eau, les rencontres ou les petits moments qui t’ont fait aimer cette ville.]

Je crois que c’est à Djeddah que j’ai commencé à mesurer tout ce que je ne connaissais pas de l’Arabie saoudite. Et tout ce qu’il me restait à découvrir.

Je suis partie pour un pèlerinage, j’ai découvert un pays

Avant ce voyage, je pensais à l’Arabie saoudite presque exclusivement à travers le pèlerinage. C’était l’image avec laquelle j’avais grandi, et je n’avais jamais vraiment cherché à regarder au-delà.

Je ne renie évidemment pas cette dimension. Elle reste au contraire au cœur de mon histoire avec ce pays. Mais j’ai découvert qu’il y avait aussi des villes à parcourir, des cafés où s’installer, des quartiers dans lesquels se perdre, des personnes à rencontrer et des histoires à écouter.

J’ai découvert un pays que je connaissais finalement très peu.

Et j’en suis revenue avec des souvenirs qui n’ont pas tous la même place dans mon cœur. Riyad pour ses contrastes, Médine pour sa sérénité, La Mecque pour ce que j’y ai vécu intérieurement, et Djeddah pour cette atmosphère qui m’a immédiatement séduite.

Mais au-delà des lieux, ce voyage m’a aussi ramenée à moi-même. Il m’a rappelé l’importance de ma foi dans ma vie, à un moment où j’avais particulièrement besoin de m’y raccrocher.

Je ne sais pas si je retournerai en Arabie saoudite dans les mêmes circonstances. Mais je sais que je ne regarde plus ce pays de la même manière.

Et c’est peut-être cela que je préfère dans le voyage : découvrir un endroit, bien sûr, mais aussi se laisser surprendre, remettre en question certaines images que l’on avait en tête et repartir avec un regard un peu différent sur le monde.

Parfois, on part pour une destination en pensant savoir ce que l’on va y trouver. Et l’on revient avec bien plus que ce que l’on était venu chercher.

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Sensation incroyable
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Désert au moment du coucher du soleil
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